Vigilance versus désinformation

Un article de decroissance.ch.

Avec la sortie du block buster "Home" (pas le magnifique et discret film d'Ursula Meyer, mais celui réalisé à grand frais par le très médiatisé pilote d'hélicoptère, son confrère à la tête d'une gigantesque multinationale du luxe et son ami réalisateur de films de cascades automobiles), il nous semble nécessaire d'ouvrir une page sur la désinformation, même si le magazine français "La Décroissance" s'occupe amplement de nous déniaiser en la matière.

Oui, il faut ouvrir ici une page pour évoquer cet angélisme qui occupe le devant des médias en matière d'écologie, parfaitement représenté par le film "Home" mondialement diffusé et, nous dit-on, noble car sans publicité.

Première chose: non, malgré ce qu'on veut nous faire croire, la diffusion de ce film en "prime time" n'a pas soutenu les résultats des "verts" aux Européennes. Un sondage IPSOS le jour de cette diffusion, mais AVANT la diffusion, avait annoncé très exactement les résultats des "verts".

Pourquoi être vigilant devant de telles productions et face au discours des Yann, Nicolas et de leurs amis?

- parce que la gratuité et le "sans pub" n'existent pas dans leur monde. Il suffit de voir le générique du film Home pour comprendre qu'il s'agit tout à fait d'un instrument publicitaire. Les marques du groupe LVMH sont enchantées de ce générique.

- parce que leur production audiovisuelle est angélique: les images magnifiques d'une nature intacte sont plus fortes que leur discours alarmiste. Le public retiendra que tout est encore très beau et très préservé! De mêmes, leurs conclusions naïves: ouvrons des parcs naturels, trions nos ampoules, passons au solaire, nient complètement l'urgence de la situation. Tous les vrais spécialistes évoquent une urgence à 10-15 ans, et des changements nécessaires bien plus drastiques: réduction de 80% de nos émissions de CO2 (avoué au tout dernier G8 de juillet 2009), pour n'en citer qu'une. N'est-il pas question, ici, de schizophrénie ?

- parce que ces personnalités sont tellement dépendantes de leurs relations avec multinationales et gros annonceurs publicitaires qu'elles ne peuvent pas aborder l'entier des sujets qui font le péril écologique. Arhus Bertrand refuse par exemple catégoriquement d'aborder le nucléaire (il est lié avec le géant français du nucléaire). N'est-il pas question, ici, de compromission?

- parce qu'elles usent de la planète comme d'un terrain de jeu. Visitant les zones les plus défavorisées avec des moyens démesurés et contredisant totalement, en terme d'impact environnemental, leur discours sur la nécessaire réduction des nuisances. N'est-il pas question, ici, d'un égoïsme affligeant pour des gens s'affichant en prophètes ?

- parce qu'elles visitent, photographient et filment les populations qui survivent dans ces zones défavorisées comme on visitait l'exposition coloniale il y a un siècle à Paris. N'est-il pas question, à ce stade, d'obscénité ?

- parce qu'elles font minent, en sortant à grands frais de tels films, d'ignorer la palanquée de films autrement plus précis, détaillés et honnêtes sortis ces cinq dernières années ?

Une part non négligeable du public estime que nous aurons beau critiquer, "C'est tout de même utile, ce genre de film". Nous nous permettons d'en douter. Nous craignons en effet:

- qu'une partie importante du public conclue que l'affaire n'est pas si grave, et que l'humanité a les moyens (techniques bien sûr) de parer aux dégâts.

- qu'une autre partie s'insurge (on l'a vu dans de nombreux forums suite à la diffusion planétaire du film) qu'on lui demande trier ses ampoules et de cesser de consommer de la viande alors que "les gouvernements ne font rien, les multinationales sont les gros pollueurs, et on est déjà assez exploités au travail, pourquoi encore nous?".*


En bref, nous ne pensons pas que des choses comme "Home" puisse réveiller les consciences mais qu'au contraire ils masquent les réels enjeux et passent sous silence les milliers de voix qui évoquent les vrais problèmes et proposent de vraies solutions.

A lire sur ce sujet, un article de notre média national swissinfo ou encore l'émission Là-bas si j'y suis consacrée au sujet. Décapant. Ou encore, sur une récente apparition de Nicolas Hulot Nicolas Hulot : le télé évangéliste de l’écologie.


La réalité donnerait presque raison à ceux (nombreux) qui se plaignent que ce film les rende seuls responsables de l'écologie de leur planète. Qu'on en juge:

  • Acte 1: Moi YAB je vous annonce de ma plus belle voix (prophète) que la terre est merveilleuse, unique, sacrée (discours religieux) et que tu dois faire quelque chose (faisant se sentir l'auditeur tout minable).
  • Acte 2: il y a des solutions (triez vos déchets, économisez l'eau, respectez la nature, adorez la nature, etc.).
  • Acte 3 (passé sous silence dans le film Home): les entreprises, et les politiques tenants de la croissance, pourraient aussi se remettre en question (côté consommation d'énergie, modèle concurrentiel, modèle d'hyper consommation, nucléaire, tout automobile, OGM, chimie, etc.), mais non, n'en parlons pas.
  • Acte 4: la taxe carbone est votée quelques semaines après la sortie du film (en France). Elle taxera les petits citoyens, et pas seulement sur leur consommation d'essence mais aussi de fuel (chauffage), de déplacements en bus (les prix augmenteront), et de tous les services qui utilisent de l'énergie.

Les ménages les mieux nantis seront "détaxés" puisqu'ils auront les moyens de se payer voitures "écologiques", capteurs solaires, etc. Ne parlons pas des industriels: ils sont exonérés de la taxe carbone puisqu'ils sont assujettis au marché du carbone. Comme le précise Aurélien Bernier dans ladecroissance de septembre 2009, ils paieront sur ce marché 14 euros la tonne, moins de la moitié de ce qui sera facturé au contribuable de base !! Exemple cité: un cadeau fiscal de 250 millions d'euros pour le groupe Arcellor-Mittal. Tout cela s'inscrit "pile poil" dans la vocation de YAB qui lui-même gère "Good planet", entreprise de blanchiment de carbone (appelé angéliquement la "compensation carbone").