L’écosocialisme
Un article de decroissance.ch.
Copinage : Réseau Objection de Croissance (R.O.C) Suisse
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Définition
Michael Löwy nous dit dans un article de 2005 intitulé "Qu’est-ce que l’écosocialisme ?" qu'il s’agit d’un courant de pensée et d’action écologique qui fait siens les acquis fondamentaux du marxisme - tout en le débarrassant de ses scories productivistes. Pour les écosocialistes la logique du marché et du profit - de même que celle de l’autoritarisme bureaucratique de feu le " socialisme réel " - sont incompatibles avec les exigences de sauvegarde de l’environnement naturel. Tout en critiquant l’idéologie des courants dominants du mouvement ouvrier, ils savent que les travailleurs et leurs organisations sont une force essentielle pour toute transformation radicale du système, et pour l’établissement d’une nouvelle société, socialiste et écologique.
L’éco-socialisme s’est développé surtout au cours des trente dernières années, grâce aux travaux de penseurs de la taille de Manuel Sacristan, Raymond Williams, Rudolf Bahro (dans ses prémiers écrits) et André Gorz, ainsi que des précieuses contributions de James O’Connor, Barry Commoner, John Bellamy Foster, Joel Kovel (USA), Juan Martinez Allier, Francisco Fernandez Buey, Jorge Riechman (Espagne), Jean-Paul Déléage, Jean-Marie Harribey (France), Elmar Altvater, Frieder Otto Wolf (Allemagne), et beaucoup d’autres, qui s’expriment dans un réseau de révues telles que Capitalism, Nature and Socialism, Ecologia Politica, etc.
Ce courant est loin d’être politiquement homogène, mais la plupart de ses représentants partage certains thèmes communs. En rupture avec l’idéologie productiviste du progrès - dans sa forme capitaliste et/ou bureaucratique - et opposé à l’expansion à l’infini d’un mode de production et de consommation destructeur de la nature, il représente une tentative originale d’articuler les idées fondamentales du socialisme marxiste avec les acquis de la critique écologique.
James O’Connor définit comme écosocialistes les théories et les mouvements qui aspirent à subordonner la valeur d’échange à la valeur d’usage, en organisant la production en fonction des besoins sociaux et des exigences de la protection de l’environnement. Leur but, un socialisme écologique, serait une société écologiquement rationnelle fondée sur le contrôle démocratique, l’égalité sociale, et la prédominance de la valeur d’usage.[1] Michael Löwy ajoute que cette société suppose la propriété collective des moyens de production, une planification démocratique qui permette à la société de définir les buts de la production et les investissements, et une nouvelle structure technologique des forces productives.
Le raisonnement écosocialiste repose sur deux arguments essentiels :
1. le mode de production et de consommation actuel des pays capitalistes avancés, fondé sur une logique d’accumulation illimitée (du capital, des profits, des marchandises), de gaspillage des ressources, de consommation ostentatoire, et de destruction accélérée de l’environnement, ne peut aucunement être étendu à l’ensemble de la planète, sous peine de crise écologique majeure. Selon des calculs récents, si l’on généralisait à l’ensemble de la population mondiale la consommation moyenne d’énergie des USA, les réserves connues de pétrole seraient épuisées en dix neuf jours. [2] Ce système est donc nécessairement fondé sur le maintien et l’aggravation de l’inégalité criante entre le Nord et le Sud.
2. En tout état de cause, la continuation du "progrès" capitaliste et l’expansion de la civilisation fondée sur l’économie de marché - même sous cette forme brutalement inégalitaire - menace directement, à moyen terme (toute prévision serait hasardeuse), la survivance même de l’espèce humaine. La sauvegarde de l’environnement naturel est donc un impératif humaniste.
[1] James O’Connor, Natural Causes. Essays in Ecological Marxism, New York, The Guilford Press, 1998, pp. 278, 331.
[2]M.Mies, "Liberacion del consumo o politizacion de la vida cotidiana", Mentras Tanto, n° 48, Barcelone, 1992, p. 73.
Ecosocialisme et Décroissance:
Un débat évolutif entre "décroissants" et "écosocialistes" a lieu actuellement.
Les écosocialistes remettant en cause la base scientifique de la décroissance, à savoir les travaux de Nicolas Georgescu-Roegen, pour qui il y a une contradiction entre la loi de l’entropie (deuxième loi de la thermodynamique) et une croissance économique matérielle illimitée.
Par ailleurs, l'écosocialiste Daniel Tanuro, ingénieur agronome, membre de la commission écologie de la LCR, estime qu'au sein de la pensée de Serge Latouche, il y a un double amalgame : entre croissance et développement, mais aussi entre développement capitaliste et développement humain en général. Selon lui, il y a des distinctions à introduire aux deux niveaux. Tout développement n’implique pas nécessairement une croissance de la production matérielle. Par exemple, transformer des villes pour qu’il n’y ait plus de voitures mais uniquement des transports en commun et des vélos, il considère ça comme un développement. Et ça ne passe pas par une croissance, mais au contraire par une relative décroissance. Tanuro dénonce aussi le fait que Latouche assimile le développement capitaliste au développement en général et regrette cet amalgame. Selon lui, il n’y a pas un, mais plusieurs développements possibles. Sa crainte devant la possibilité que le développement devienne le problème, et non plus le capitalisme est que cette visions soit acceptée par des personnes qui ne sont pas contre le système capitaliste, et qui préfèrent penser que le problème vient d’une espèce de tare du genre humain occidental qui veut se développer, qui veut le progrès. Enfin, la décroissance, selon Tanuro, ne suffit pas à dessiner un projet alternatif. Prise comme synonyme de la nécessaire réduction de la surproduction/consommation de matières, la décroissance n’est qu’une contrainte « technique » de la transition vers une société gérant rationnellement ses échanges de matières avec la nature. Il s’agit certes d’une contrainte majeure, qui lance des défis nouveaux à toute stratégie de transformation sociale. Mais la manière de relever ces défis n’est pas tranchée automatiquement. Selon lui, les débats entre décroissants en attestent, puisqu'il discerne une "décroissance de gauche" et une "décroissance de droite", dont la pensée de Latouche en serait l'exemple type: "Latouche se dit “anticapitaliste” mais il amalgame croissance et développement, puis développement et capitalisme, de sorte que son anticapitalisme se dissout dans une opposition ahistorique, donc réactionnaire, à l’idée même du développement humain."
Dans ce même article, Thibault Schneeberger, objecteur de croissance du Réseau Objection de Croissance (R.O.C) Suisse répond aux attaques des écosocialistes envers la décroissance : lire l'article.
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