L'intervention du ROC-GE à la manifestation antinucléaire du 26.03.11
Un article de decroissance.ch.
Copinage : Réseau Objection de Croissance (R.O.C) Suisse
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La sortie du nucléaire c’est la sortie du dogme de la croissance
La catastrophe nucléaire de Fukushima a été pour plusieurs d'entre nous, depuis longtemps antinucléaires, une démonstration que ce qu'on avait pensé était juste. C’est une maigre consolation. Plus important, à nos yeux, que plusieurs personnes confiantes dans l’avenir des énergies fissiles, comme Carlo Rubbia, ancien directeur du CERN, prix Nobel de Physique, et Pierre Veya, rédacteur chef du TEMPS, pour en citer que deux, ont tenu des propos très profonds sur l'aveuglement aux risques dans lequel on s'était égarés, et sur la nécessité d’autres voies, renouvelables, d'approvisionnement énergétique. Or, ces voies ne seront simplement pas réalistes sans une diminution très importante de l'utilisation d'énergies et de matières premières, donc sans une remise en discussion des présupposés de notre société de production et de consommation forcenées. En une phrase, sans un remise en discussion du dogme de la croissance.
Sans la vision qu’une autre type de société est possible, la demande de la sortie du nucléaire restera lettre morte. Nous nous adapterons à vivre en serrant plus fort les yeux qui, ouverts nous montreraient les dangers que notre modèle économique nous impose, ses injustices, son inadéquation et son inconsistance.
Or, en tant qu'objecteurs de croissance, nous pensons qu'il est possible d'ouvrir les yeux sur un autre type de société. Une société plus sobre, en équilibre dans la fine couche de vie qui est la biosphère. Une société dans la quelle les liens, la nature, la culture auront pris plus de place par rapport à ce qu'on appelle pour nous les "biens" et les "services", et dont on pourrait souvent se passer sans véritable perte de bonheur. Une société qui n'est pas un retour en arrière. Dans laquelle on aura dégagé des ressources en renonçant à toute cette véritable économie de l'inutile et du nuisible représentée par les armes et les guerres, l’obsolescence programmé des objets, les déplacements insensés des personnes et des choses, la consommation ostentatoire, et en prévenant les maladies et les accidents auxquels il est très cher de remédier, comme nous le voyons aujourd’hui à Fukushima.
Cette société nouvelle peut commencer d'aujourd'hui, par nous-mêmes, ici. Chacun de nous peut choisir de consommer moins, et de refuser de marcher au pas de l'injonction "travailler plus pour gagner plus". Mais il faudra aussi que ce mouvement se répande au delà de nos maisons, de nos groupes professionnels et associatifs, pour entrer dans la politique, et construire une économie qui aura nécessairement d'autres clés de répartition des ressources et du travail (moins et pour tous), mais qui aura plus de sens et nous donnera plus de temps pour nous et pour les autres.
Fukishima a transformé la question du droit des générations futures, vague et facile à repousser au lendemain, en celle de l'humanité aujourd'hui. Une humanité qui a employé ses meilleures énergies intellectuelles à construire les équations du rêve nucléaire, et qui doit maintenant prendre acte des équations de l'ère solidaire. En renonçant au dogme de la croissance, nous pensons qu'elle peut y arriver.

