Energies

Un article de decroissance.ch.

Une thèse nouvelle: il y aurait "trop de pétrole", en tout cas plus d'énergies fossiles qu'il en faut. Oui, car en combinant pétrole, charbon, etc., on arrive encore aujourd'hui à un stock de 2 milliards de tonnes d'équivalent pétrole. Or, si les humains devaient consommer ces 2 milliards, la vie sur terre ne serait simplement plus possible, la faute au réchauffement climatique induit par cette consommation et les émissions de CO2.

Ou, autre façon de l'expliquer: la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère est dramatique pour l'humanité à partir de 350 parties par million (ppm) de CO2. Or, il suffirait de consommer tout le pétrole et le gaz disponibles sur terre pour dépasser ce seuil, même pas besoin du charbon pour cela! (selon le chercheur James E. Hansen, cité par la Revue durable).

NOUS NOUS ARRETERONS DONC AVANT ! (si nous ne sommes pas totalement suicidaires...). C'est ce que pense en tout cas Henri Prevot, ingénieur général des mines qui a publié récemment « Trop de pétrole ! - énergie fossile et réchauffement climatique » (Le Seuil) et s'en entretenait sur France Culture samedi 7 juin 2008.

Nous émettons déjà 7 milliards de tonne de CO2 par an. L'écosystème peut en digérer 3 milliards par an, soit 4 de trop ! Et la croissance de cette consommation est de 1,5% par an. Bref: dans quelques années, à ce rythme, nous sommes à 15 milliards par an, un seuil totalement mortifère pour la planète.

Il nous faut donc diminuer par 2 ou 3 nos émissions en moins de 40 ans. "Pour diviser par deux les émissions mondiales, il est équitable que les pays développés les divisent par quatre"

Que faire ? Prevot estime que l'Etat doit s'engager. En effet, le citoyen qui fait des efforts sera rapidement démotivé s'il compare ces efforts à l'activité aveugle de ces congénères.

Prevot prend pour exemple le cas de la mortalité routière en France. En 1973, il y avait 13000 morts sur les routes françaises. Chaque citoyen savait comment réduire ce chiffre. Mais rien ne changeait, la sagesse populaire n'y faisant rien. Il a fallu que des années plus tard, peut-être parce que l'opinion publique avait évolué, un homme d'Etat modifie l'arsenal judiciaire pour véritablement réduire ce fléau. Aujourd'hui la France a divisé par deux le nombre de tués sur les routes.

L'Etat doit donc s'engager, à l'échelle du pays, pour montrer cette voie et donner du sens à l'effort de chacun. Selon Prevot, "Les trois grands piliers d’une politique de forte diminution des émissions sont les économies d’énergie, la biomasse et l’énergie nucléaire." Et "Pour rendre possibles les bonnes actions climat, l’Etat utilisera au mieux les moyens de la réglementation, de la fiscalité et de l’incitation." Exemples:

  • s'engager à réduire ses émissions de manière drastique
  • investir dans l'énergie sans émission de gaz
  • couvrir les territoires d'éoliennes
  • prévoir le nucléaire du futur, ce que Prevot appelle les "centrales de 4ème génération", qui seraient moins polluantes, moins productrices de déchet, mais toujours pas sans risque! Mais Prevot nous invite à comparer ce risque à "ce qui se passe si le réchauffement va trop haut", un risque bien plus grand selon lui. (nous laissons le lecteur y réfléchir!)
  • sur le biocarburant, là aussi Prevot en appelle à la "seconde génération", qui utiliserait mieux le sol. (On aimerait en savoir plus).

Apparemment, Prevot n'appelle pas vraiment à la décroissance! "Une division par deux ou trois est possible sans avoir à bouleverser notre genre de vie." Au micro de France Culture, il évoque une stabilisation de la consommation. Il dit se méfier du "moralisme", respecte l'engagement individuel mais réfute les mots d'ordre, surtout s'ils viennent du pouvoir politique ou débouche sur un système alambiqué, comme les droits de polluer concédés aux multinationales.

Prevot s'attend aussi à une importante contribution financière du citoyen dans l'effort nécessaire (pour la réduction d'émissions et le développement de nouvelles technologies). Fixant par exemple un prix des énergies fossiles d'un niveau qui impose à chacun de décider comment il va consommer, ou ce qu'il va consommer. (un peu angélique, non?).

PS: en septembre 2007, Prevot présentait sa thèse en terminant par: "Pour cela, la première tâche de l’Etat est de définir des critères de bonne action climat, des critères simples, objectifs et compréhensibles par tous : faire comme si le pétrole était à 110 ou 120 $/bl sans se préoccuper de sa valeur réelle, quoi de plus simple ?" En moins d'un an, ces pris sont déjà atteints. Le temps s'accélérerait-il?

Si Prevot a raison de bien poser le risque des énergies fossiles, il est moins réaliste quand il imagine que Etat et technologies nous éviteront la nécessaire décroissance. La "finitude" de la planète ne se limite pas aux énergies, les matériaux comme le métal sont également en voie d'épuisement, et la place disponible elle aussi est comptée. On trouvera peut-être de quoi faire rouler des voitures, mais plus de quoi les fabriquer ni même de lieu où les parquer et les faire rouler !

Lire aussi (et contribuer):

  1. Pétrole
  2. Agrocarburants
  3. Charbon 
  4. Nucléaire