Dégénérescence des objets

Un article de decroissance.ch.

De nombreux objets une fois arrivés à une sorte de perfection ergonomiques perdent des fonctionnalités ou en acquièrent d'inutiles en raison d'une logique marketing ne reculant pas devant la manipulation à outrance des consommateurs. De nombreux exemples sont disponibles dans la vie de tous les jours, des écrans d'ordinateurs auxquels on dénie un traitement anti-reflet aux rasoirs à lames chères et facilement encrassables en passant par les casques de vélo qui ne protègent qu'une fois et les pèles patates qui transforment les carottes en poutres hexagonales. La liste est longue, en fait beaucoup de produits ayant atteint une certaine forme de perfection ergonomique y compris un prix modéré et une longue durée de vie commencent à dégénérer pour sortir du cul de sac de consommation qu'ils représentent pour leurs producteurs et vendeurs. En pratique on leur rajoute des fonctions inutiles qui permettent de justifier une augmentation de prix et l'on diminue leur durée de vie. Deux exemples sont particulièrement intéressants :


Sommaire

(1) Les casques de vélos

le sagex qui se casse au premier choc leurs permet de ne servir qu'une seule fois, ce qui rend le trajet du retour très dangereux pour le cycliste légèrement commotionné, qui doit malgré tout rentrer à vélo et risque un nouvel accident, mais sans protection cette fois ci! Le deuxième paramètre ennuyeux concerne les chocs multiples en roulé boulé, par exemple sur une carrosserie et la route (le casque explose au premier choc et vous laisse avec beaucoup moins de protection pour la suite du roulé boulé). Ces considérations sont totalement court-circuitées par les réseaux d'information standards. A noter que notre belle société de consommation qui officiellement nous offre de nombreux choix ne présente qu'un seul type de casque basé sur une coque en sagex, toutes les autres techniques utilisant d'autres matériaux ont disparus ou ne sont jamais apparues alors que ne nombreuses mousses synthétiques ont des propriétés amortissantes très intéressantes tout en étant incassables et suffisamment déformables pour faciliter leur transport autrement qu'en couvre chef.


(2) Les rasoirs dit de sécurité

qui encapsulent une seule lame de rasoir entre deux plaques métalliques vissées ne se vendent plus en Suisse! Ils ont été remplacés progressivement par des rasoirs jetables (attaque de la durabilité du produit) comprenant de plus en plus de lames (ajout de caractéristiques markéting) pour couter beaucoup plus chers (on paie jusqu'à 50 fois plus par année en lames) avec une efficacité diminuée (ultra spécialisation / segmentation du marché) qui implique que les longs poils de barbe ne se font pas couper correctement (certaines personnes apprécient de ne se raser qu'une ou deux fois par semaine en ne passant la lame qu'une seule fois) et que le rasoir est très difficilement nettoyable (pas moyen de l'ouvrir pour enlever les poils). Comme ci cela ne suffisait pas, les lames de rasoir pour ancien rasoir sont de plus en plus difficiles à trouver et sont maintenant vendues environ 2 à 3 fois plus chers qu'il y a seulement 2 ans! Dans des emballages qui ne fournissent même pas la possibilité de les calfeutrer après usage pour que les vieilles lames ne coupent personne! La prochaine étape marketing consistera à déclarer ces lames trop dangereuses quand elles auront coupé de nombreuses personnes à travers des cornets poubelles ce qui aura pour effet d'empêcher les derniers réfractaires de se raser de manière rationnelle.


Jusqu'où la dégénérescence des produits et objets divers peut-elle aller ?

Réponse : jusqu'à ce que le consommateur se rebiffe! Mais un gros problème apparait en parallèle : ces produits ont un effet délétère sur les consommateurs de manière indirecte en les soumettant à recommencer sans cesse l'acte de consommation (par exemple les "nouveaux" rasoirs jetables impliquent de nombreuses corvées shopping, déballages et empoubellages supplémentaires qui ne sont pas réputés pour favoriser l'épanouissement personnel) ou de manière directe en lui faisant absorber des produits souvent inutiles et douteux pour sa santé (colorants, exhausteurs de saveurs, pesticides etc.).

Le marketing est souvent contrôlé par des personnes aussi intelligentes que peu enclines à se préoccuper des conséquences sociales ou environnementales. Des esprits sortis des plus grandes écoles de psychologie et sociologie du marketing observent les réactions des consommateurs pour pouvoir ajuster leurs produits sur la fréquence de rentabilité maximum. Il s'ensuit que dans un marché à faible intervention étatique comme les nouveaux marchés occidentaux une véritable loi de la jungle apparait au niveau commercial avec toute une panoplie de proie, de prédateurs et de parasite. Ce qui finit par faire des ré-équilibrage dramatique comme on l'a vu pour la récente crise financière où les prédateurs (ceux qui participaient en connaissance de cause au petit jeux de l'avion adapté par Bernard Madof) on finit par saigner à blanc les ressources financières de leurs proies (petits épargnants, petites hypothèques et de nombreuses autres sociétés séduites par d'alléchantes perspectives sans en mesurer les risques). Le même scénario peut aussi apparaitre de manière beaucoup plus dramatique dans la vie de tous les jours en imaginant une accumulation du stress collectif généré par le soucis de plus en plus courant d'obtenir du profit non pas par un acte créatif et utile mais en pompant en quelque sorte l'énergie vitale de la communauté, par exemple (en créant des besoins inutiles, en visant le profit d'entreprise à court terme au dépend des salariés pour le seul profit des actionnaires, en feignant d'ignorer les problèmes de surpopulation qui donnent parfois l'impression que nos politiciens et journaux se réjouissent d'une Suisse à 30 millions d'habitants (il est de coutume de crier victoire quand le taux de natalité augmente alors qu'on devrait se féliciter quand il est au plus bas tout en faisant tout notre possible pour aider ceux qui sont dans le besoin), en se concentrant sur les symptômes au lieu des causes, en confondant corrélation et causalité, en consommant de plus en plus de médicaments tout en se félicitant du chiffre d'affaire de nos sociétés pharmaceutiques) on peut facilement imaginer que les choses se ré-équilibrent à grande échelle non pas grâce à une production et une consommation plus compétente mais par manque de consommateurs trop pauvres et malades pour faire fonctionner efficacement notre société! Serte cette vision sinistre n'est pas pour demain, mais peut être pour dans dix ans et probablement dans 20 ou 30 ans si rien n'est entrepris!


Que faire pour éviter les dégénérescence appliquées aux objets par le marketing forcené?

(a) le consommateur devrait être mieux informé pour arriver à améliorer ses choix. Cela implique aussi de disposer de plus de temps et particulièrement de travailler moins ce qui présente le double avantage de promouvoir la réflexion grâce au temps à disposition et la conscience de la nécessité d'une consommation avisée "grâce" à la diminution du revenu.

(b) il faudrait qu'un véritable pouvoir créatif pour le design des produits et la conservation de ceux qui fonctionnent bien vienne des consommateurs eux même! Des sites comme celui-là vont dans ce sens, mais ne suffisent sans doute pas. En fait un produit devrait pouvoir émerger grâce à la pression qui vient du bas de l'échelle de la consommation! Un besoin se fait sentir, est publié, des gens le soutiennent, des promesses d'achat sont faite sur Internet ce qui si la vague est assez forte devrais permettre la naissance ou renaissance du produit. De manière plus organisée certains produits très utiles mais pas assez rentables pour être fabriqués par la filière normale du capitalisme devraient avoir leur production prise en charge ou aidée par l'état. On pourrait même imaginer une initiative populaire allant dans ce sens et qui pourrait s'intituler : "pour une sauvegarde étatique de la production des objets les plus utiles"

(c) une évolution culturelle est de plus en plus nécessaire :

De manière générale : il faut privilégier la communication sur la force, la créativité sur la consommation Créativité anti-consommation, la coopération sur la compétitivité, la générosité le partage et la mise en commun des ressource sur l'égoïsme et l'accaparement.


De même certaines coutumes comme : le bien fondé des vacances lointaines grosses consommatrices de pétrole devraient être sérieusement remise en question et vues comme une certaine irresponsabilité écologique. La nécessité de faire des feux d'artifices véritable culte pyrotechnique au CO2 dans un contexte de réchauffement climatique est aussi complètement ridicule de même que les feux du 1er août dont la coutume devrait être déclarée obsolète et remplacée par l'enracinement d'un arbre du premier août - en fait il faut en quelque sorte perdre l'habitude de détruire par le feu pour s'amuser mais construire un monde plus habitable, par exemple en plantant des arbres et en dépavant ( http://depave.org ) autant que faire se peut.


Ébauche d'une solution politique dans un contexte plus général : Un modèle de consommation privilégiant les convergences d'intérêts sur le long terme


Et si on poursuivait la liste ?

  • L'égouttoir à salade dont on ne peut pas changer la ficelle... Foutu après trois mois d'usage, juste parce que le couvercle où s'attache la ficelle n'est pas démontable. C'est vendu chez Migros, société connue pour son écologisme appuyé.